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Bioderma Congress Reports CFA 2026
Bioderma Congress Reports CFA 2026
Comptes rendus rédigés par Albertine LYNCH (Interne en dermatologie à Hospices Civils de Lyon)
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Hypersensibilité atypique d’organe - L. Guenard-Bibault
L'hypersensibilité médicamenteuse de mécanisme immuno-allergique doit être distinguée d'une toxicité par surdosage et d'un effet secondaire propre au médicament inducteur. L'oratrice a choisi une approche organe par organe.
Les antibiotiques, les traitements oncologiques et les cardiotropes sont les principaux pourvoyeurs d’atteinte respiratoire ; les médicaments seraient en cause dans 2 à 10 % des pneumopathies des patients hospitalisés pour insuffisance respiratoire aiguë et jusqu'à 17 % des pneumopathies interstitielles diffuses. Les présentations radio-cliniques sont extrêmement variées — plus de 41 tableaux sont décrits — et une même molécule peut occasionner des phénotypes différents. Le lavage broncho-alvéolaire peut révéler une alvéolite à éosinophiles, plus évocatrice qu'une alvéolite lymphocytaire ou neutrophile, tandis que la biopsie pulmonaire est peu rentable car non spécifique et invasive. Le diagnostic doit s'appuyer sur une analyse rigoureuse de l'imputabilité, à l'aide d'outils comme Pneumotox.
L'atteinte rénale médicamenteuse est en cause dans 40 à 60 % des néphropathies interstitielles aiguës et jusqu'à 20 % des insuffisances rénales aiguës, dont 1 à 5 % relèvent d'un mécanisme immuno-allergique impliquant l'immunité humorale ou cellulaire. L'absence de relation dose-effet, des manifestations extra-rénales notamment cutanées, une éosinophilie sanguine et une éosinophilurie supérieure à 5 % — spécifique mais inconstante — orientent vers un tel mécanisme. La biopsie rénale est rentable, mais peut être évitée si la fonction rénale récupère de plus de 50 % en sept jours après l'éviction du médicament suspect, qui doit alors entraîner la contre-indication de toute la classe thérapeutique.
Sur le plan hématologique, les bêta-lactamines, en particulier la ceftriaxone et la pipéracilline, peuvent provoquer des neutropénies sévères régressant en quelques jours à six semaines, et des cytopénies auto-immunes ont également été rapportées.
Le syndrome de Guillain-Barré est la polyradiculonévrite aiguë médicamenteuse la plus fréquente, dont une revue récente attribue 45 % des cas aux vaccins anti-SARS-CoV-2. L’olanzapine et l'allopurinol sont également pourvoyeurs. L'encéphalomyélite aiguë disséminée, le plus souvent post-virale, a été décrites en association avec plusieurs vaccins. Les encéphalopathies prennent des formes diverses : convulsives sous bêta-lactamines, psychotiques sous ofloxacine ou métronidazole, cérébelleuses avec anomalies IRM sous métronidazole.
Les médicaments sont à l'origine de 18 % des hépatites auto-immunes, avec une positivité fréquente des auto-anticorps (jusqu'à 83 % sous nitrofurantoïne). Le phénotype immuno-allergique s'accompagne volontiers d'atteintes extra-hépatiques (exanthème, fièvre, adénopathies, éosinophilie). Les anti-TNF, statines et phytothérapies sont fréquemment imputés.
Le DIES (drug-induced enterocolitis syndrome) est une manifestation d'hypersensibilité non IgE-médiée caractérisée par des vomissements survenant 1 à 4 heures après l'ingestion du médicament, sans signes extra-digestifs associés. Il s’y associe des diarrhées dans les premières 10 heures après la prise, parfois profuses et conduisant à une déshydratation sévère, voire une hypothermie, une hypotension. Douze cas ont été publiés, l'amoxicilline-acide clavulanique étant le médicament le plus souvent impliqué. La tryptase est toujours normale.
Enfin, le concept d’« allergie compartimentale » a été introduit pour rendre compte d'hypersensibilités retardées aux HBPM, prouvées par les tests cutanés et épreuves de provocation sous-cutanée, chez des patients qui tolèrent par ailleurs les héparines intraveineuses. Un phénomèned’homing lymphocytaire compartimental est suspecté.
Hypersensibilités atypiques cutanées - C. Bernier
Le DRESS peut présenter de nombreuses atypies : il peut être pustuleux, bulleux et il existe des formes sans atteinte cutanée. Le délai de survenue peut être court — 24 à 48 heures — en particulier pour les produits de contraste iodés et certains antibiotiques. En phase aiguë, les co-sensibilisations et néo-sensibilisations sont fréquentes, il faut donc s’astreindre à éviter les injections de PCI et l'introduction de nouveaux médicaments.
Chez les patients traités par inhibiteurs de checkpoint, on observe des tableaux proches des nécrolyses épidermiques toxiques (NET), sans atteinte ophtalmologique ni respiratoire, mais avec des lésions buccales constantes. L’état général est mieux conservé que dans les NET. Le délai d'apparition, très variable (1 à 38 semaines), est souvent plus long que dans une NET. D’autres atteintes auto-immunes sont fréquemment associées. La corticothérapie générale, contre-indiquée dans la NET, est efficace dans cette entité des toxidermies lichénoïdes bulleuses induites par les anti-PD1, anti-PDL1 ou anti-CTLA4. La reprise de l'immunothérapie peut être discutée en RCP à condition d’un retour à un grade ≤ 2.
L'érythème pigmenté fixe (EPF) peut se présenter sous la forme d’atteintes muqueuses ou génitales exclusives. Il existe des formes vésiculeuses péri-labiales, HSV-like. La doxycycline, lorsqu’elle est prescrite en prophylaxie post-exposition ou en prises ponctuelles répétées dans les IST, est volontiers en cause. Dans une série de 15 cas chez des hommes traités pour une IST, 9 étaient de présentation génitale exclusive. La prise ponctuelle répétée de la molécule en cause est identifiée comme un facteur déclenchant spécifique. L’exploration d’un EPF repose sur les patch-tests in situ, complétés si négatif par un ROAT in situ (en zone antérieurement lésée) avant de discuter un rechallenge en cas de négativité.
L'érythème scarlatiniforme desquamatif récidivant (ESDR)— ancienne maladie de Féréol-Besnier — se présente de façon bilatérale et symétrique aux paumes, parfois aux plantes, avec ou sans exanthème généralisé. Cette entité clinique a été décrite en association avec des virus, des infections à staphylocoques et à streptocoques ainsi qu'avec les diurétiques, quinolones et AINS. Une série française de 30 cas retrouvait une atteinte palmaire symétrique dans 100 % des cas, plantaire dans 50 % des cas, un délai de survenue médian de 2,75 jours et une durée totale médiane de 18 jours. Les bêta-lactamines étant imputables dans deux tiers des cas et les PCI chez quasiment un tiers des patients. Les tests cutanés étant peu rentables, le test de provocation orale est nécessaire. La récidive systématique au rechallenge plaide pour un mécanisme immuno-allergique impliquant possiblement des lymphocytes T résidents mémoires palmo-plantaires. En revanche, l’absence d’extension des lésions lors des ré-expositions distingue cette entité d'une véritable toxidermie évolutive.
La SCoRCH (severe cutaneous reaction with hypotension) est une nouvelle entité décrite dans une série américaine de 7 patients traités par cotrimoxazole (O'Brian, JAMA Dermatology 2023) et associant : hypotension, hyperthermie, tachycardie, érythème en « coup de soleil », conjonctivite, œdème et lymphopénie. Les symptômes survenaient dans un délai de 4 à 11 jours après le début du traitement par cotrimoxazole, mais réduit à moins de 24 heures en cas de réexposition. La régression des symptômes était rapide, en 72 heures. Les tests cutanés étaient négatifs. La physiopathologie reste inconnue, possiblement proche du phénomène de relargage cytokinique observé avec les chimiothérapies, ce qui pourrait justifier de réaliser un dosage de l'IL-6. La réintroduction est susceptible de provoquer des tableaux très sévères.
L. Muchembled a présenté des données d’épidémiologie des hypersensibilités péri-opératoires en pédiatrie en France, issues des enquêtes du GERAP (1997-2012) et d’une base de données nationale constituée depuis 2017. L'incidence pédiatrique se situe entre 1/10 000 et 1/36 000 selon les cohortes, contre 1/10 000 chez l'adulte. Sur 461 enfants colligés (âge médian 14 ans, plus grande cohorte pédiatrique à ce jour), la moitié des réactions étaient de grade I, un quart de grade II et III, et 1 % de grade IV. Un agent causal était identifié dans 44 % des cas, au premier plan les curares (30 %, dont 38 % de premières expositions, suggérant une sensibilisation environnementale aux ammoniums quaternaires) et le latex (29 %), ce dernier disparaissant après 2017 grâce aux mesures de prévention spécifiques. Les réactions étaient significativement plus sévères dans le groupe avec agent causal identifié. La principale limite de l'étude tient à l'absence de tryptase basale disponible, et à l'hétérogénéité de données étalées sur une période de 25 ans.
A. Fievez a présenté une analyse rétrospective de la rentabilité des patch tests dans les toxidermies à la lamotrigine (cohorte monocentrique de 30 patients, l’indication de la lamotrigine était essentiellement un trouble thymique). Les patch tests, réalisés avec le principe actif à 10 % en vaseline ou avec la forme commerciale diluée à un tiers dans l'eau, le sérum physiologique ou la vaseline, étaient positifs chez 33 % des patients, la dilution dans la vaseline étant la plus rentable (7/10 positifs versus 6 dans l'eau et 0 dans le sérum physiologique). Aucune corrélation n'a été retrouvée entre phénotype clinique (type de toxidermie) et sensibilité des tests. Avec un taux de positivité d'environ un tiers, les patch tests apparaissent rentables dans cette indication, la meilleure sensibilité étant obtenue avec la forme commerciale diluée en vaseline.
L. de Chaisemartin a décrit une nouvelle entité, le transfusion-related alpha-gal syndrome, caractérisé par une allergie transfusionnelle sévère aux produits sanguins de groupe B/AB chez des receveurs de groupe O sensibilisés à l'alpha-gal. Les réactions transfusionnelles sévères concernent moins de 1 % des transfusions, les anaphylaxies 1/30 000 (essentiellement avec les plaquettes). Trois cas d'anaphylaxie sévère aux produits de groupe B chez des patients porteurs d'IgE anti-alpha-gal avaient été rapportés. L'antigène B partageant une homologie structurale avec l'alpha-gal, les groupes B et AB sont protecteurs vis-à-vis du syndrome alpha-gal. Une étude rétrospective (2022-2024) sur 1,5 million de transfusions a mis en évidence les IgE anti-alpha-gal dans les sérums de patients de groupe O ayant réagi à des produits B ou AB. La recommandation est désormais de doser systématiquement les IgE anti-alpha-gal chez tout patient de groupe O ayant présenté un accident transfusionnel, et d'éviter les produits de groupe B chez les patients O en dehors des situations d'urgence vitale. Il est intéressant de ter que ces patients ne réagissaient pas à la viande.
B. Brunie a évalué la fréquence des sensibilisations croisées entre amoxicilline et pipéracilline-tazobactam, dans une étude bicentrique (2024-2025) sur 58 patients (44 hypersensibilités immédiates, 14 retardées). Une allergie à l’amoxicilline seule a été confirmée chez 71 %, à la tazocilline seule chez 3 %, et aux deux molécules chez 26% de l’échantillon. La valeur prédictive négative des tests à la tazocilline était de 86 % dans les HS retardées et 100 % pour les HS immédiates. Le risque de réaction croisée n'est donc pas négligeable. La concentration maximale non irritante reste à valider pour la tazocilline.
C. Tacquard a étudié les profils d'activation mastocytaire dans les hypersensibilités immédiates chez 939 patients du GERAP (2017-2024) pour lesquels un dosage de tryptase per-critique et basale était disponible. L'activation mastocytaire était définie par un pic supérieur à 1,2 fois la valeur basale + 2. Quatre profils ont été identifiés selon la présence d’un mouvement significatif de tryptase et le taux de tryptase basale. Quelle que soit l'amplitude du mouvement, dès lors qu'il était significatif, le profil clinique était sévère avec des signes hémodynamiques et une co-libération d'histamine. Les patients sans mouvement de tryptase significatif présentaient des réactions moins sévères, mais les tests cutanés pouvaient être positifs. Dans cette cohorte, la majorité des réactions sévères s’accompagnait donc bien d'une activation mastocytaire, compatible avec un mécanisme IgE ou MRGPRX2 médié.
S. Le a présenté une étude de faisabilité d’une réintroduction de bêta-lactamine en médecine de ville chez l’enfant. 10 % des enfants sont étiquetés allergiques à la pénicilline. Cette étude rétrospective multicentrique a inclus 265 enfants ayant reçu un test de provocation orale initié au cabinet d’allergologie avec une courte surveillance d'une heure, puis la réintroduction était poursuivie à domicile sur une durée 5 jours avec un suivi en téléconsultation systématique. L'âge médian lors de la réaction index était de 2 ans. Le délai médian d'exploration était inférieur à 6 mois. Sur l’ensemble de la cohorte, 14 tests seulement étaient positifs sous la forme de réactions exclusivement cutanée, sans anaphylaxie. Cette démarche permet le retrait des étiquettes d’allergie et de limiter de ce fait l'exposition aux antibiotiques à large spectre. Son extension à l’adulte, et à d'autres praticiens (pédiatres, généralistes) reste à évaluer
Recommandations dans la prise en charge des toxidermies graves : DRESS, PEAG - F. Tetard
La pustulose exanthématique aiguë généralisée (PEAG) est une toxidermie rare (1 à 5 cas par million et par an) prédominant chez la femme adulte, dont la mortalité est inférieure à 5%. Un PNDS est en cours d'élaboration, et des recommandations européennes (groupe ToxiTEN) viennent d'être publiées sous la forme d'avis d'experts. Le tableau associe de manière brutale un érythème des plis, des pustules superficielles en tête d'épingle et une fièvre élevée. On retrouve parfois un œdème du visage, un purpura, des cocardes atypiques, des vésicules et un pseudo-Nikolsky (non spécifiques). L’atteinte muqueuse concerne moins de 20 % des patients. Une instabilité hémodynamique est possible. Le syndrome inflammatoire biologique est marqué, avec une hyperleucocytose à PNN. Une éosinophilie modérée est observée dans 30 % des cas. Une atteinte viscérale (foie, rein, moelle, poumon) est retrouvée chez un patient sur cinq. Des syndromes de chevauchement avec DRESS ou NET sont possibles.
90% des cas sont médicamenteux — antibiotiques, hydroxychloroquine, PCI principalement — avec un délai caractéristique court, parfois inférieur à 24 heures (pristinamycine) et toujours inférieur à 12 jours. Des cas associés aux vaccins et aux piqûres d'araignée sont rapportés chez l'enfant. Le mécanisme immunologique implique des LT spécifiques CD4 et CD8 cutanés produisant de l'IL-8, ainsi que des Th17 producteurs d’IL-17 et IL-22, et une IL-36 monocytaire constituant une cible thérapeutique. Les diagnostics différentiels incluent le psoriasis pustuleux généralisé, le DRESS pustuleux et le syndrome de Sneddon-Wilkinson. Aucun essai thérapeutique n'est disponible dans cette pathologie. Une étude monocentrique française a montré, parallèlement au recul de la corticothérapie systémique au profit des topiques, un raccourcissement progressif des durées d’hospitalisation. Des cas d’efficacité de la ciclosporine, des anti-IL-17 et des anti-IL-36 ont été décrits. La prise en charge associe hospitalisation du patient, biopsie cutanée, repos au lit, émollients et dermocorticoïdes forts à très forts. Les corticoïdes systémiques (0,5 mg/kg) doivent être réservés aux formes sévères et peuvent être interrompus sans décroissance progressive - contrairement à ce qui est recommandé dans le DRESS. Le score EuroSCAR est un outil rétrospectif de validation diagnostique. Chez l'enfant, une origine infectieuse doit être systématiquement évoquée.
Le DRESS, dont l'incidence est de 10 cas par million d'habitants par an et jusqu’à 1/10 000 chez les patients ayant récemment débuté un antiépileptique, est à risque d’atteinte multiviscérale. La mortalité est de 7 à 20 %. Un délai de survenue jusqu'à 8 semaines est possible mais sans borne inférieure. Le tableau peut survenir lors de la première exposition au médicament. Le risque de polysensibilisation est spécifique de cette toxidermie. Un PNDS est en ligne. L'immunopathologie implique des lymphocytes T de type 2 producteurs d’IL-5, un recrutement des éosinophiles par les LT CD8 et CD4, une probable hyperactivation de la voie JAK-STAT et une augmentation des lymphocytes T régulateurs en phase aiguë, expliquant les complications auto-immunes tardives. Les réactivations virales du groupe herpès observées traduisent un environnement immunitaire favorable à la réplication. Une analyse protéomique récente sur 26 patients confirme l’implication de l’inflammation de type 2 (IL-4, IL-5, éosinophiles). Les formes sévères s'accompagnent paradoxalement de moins d'éosinophiles circulants, car ils sont recrutés dans les tissus.
Cliniquement, le DRESS associe fièvre élevée, syndrome pseudo-grippal, exanthème morbilliforme du visage, du tronc et des extrémités, avec œdème et infiltration cutanée marqués. Une présentation pustuleuse est observée dans 20 % des cas. C'est la toxidermie qui s'accompagne le plus souvent d'atteintes viscérales : cytolyse hépatique (75 %), atteinte rénale (10 à 30 %), atteinte pulmonaire (5 à 25%), parfois digestive, hématologique (syndrome d'activation macrophagique), pancréatique ou neurologique. Le bilan recommandé comprend : NFS, ionogramme, protéinurie, bilan hépatique, troponine, hémocultures et PCR virales (virus respiratoires, HHV6, CMV, EBV). L’éosinophilie manque dans 20 % des cas, et la présence de lymphocytes hyperbasophiles est très évocatrice. La biopsie sert surtout à éliminer les diagnostics différentiels. Le score RegiSCAR demeure rétrospectif. La sévérité se classe en mineure (créatininémie < 1,9 N ou cytolyse < 4 N), modérée, ou sévère d'emblée en cas d’atteinte viscérale autre que rénale ou hépatique. Les anticonvulsivants, antituberculeux, antibiotiques et sulfamides sont les principaux pourvoyeurs, avec des types HLA favorisants documentées pour plusieurs molécules. Le traitement dépend de la sévérité : dermocorticoïdes très forts dans les formes mineures avec décroissance sur 6 semaines à 3 mois, corticothérapie générale à 0,5 mg/kg pendant un mois minimum dans les formes modérées, corticothérapie générale à 1 mg/kg sans bolus (risque de réactivation virale) dans les formes sévères. Les anti-IL-5 et anti-IL-5Rc (mépolizumab 300 mg toutes les 4 semaines ou en dose unique, benralizumab 30 mg) sont une voie d'avenir pour les formes corticorésistantes. Un suivi prolongé d'au moins un an est nécessaire en raison du risque de rechute et de complications auto-immunes tardives (thyroïdite, diabète de type 1, lupus, vitiligo), particulièrement marqué chez l’enfant.
Recommandations dans la prise en charge des toxidermies graves : SJS/Lyell et focus sur les antiépileptiques - S. Oro
La nécrolyse épidermique toxique (NET) est une urgence par sa mortalité (10 à 40 % en phase aiguë) et son risque séquellaire (90 %). Le pronostic dépend du pourcentage de surface décollée, le SJS (décollement < 10 %) exposant moins au risque de décès mais qu’aux séquelles oculaires. La mortalité est plus élevée dans le syndrome de chevauchement (décollement 10-29%) et le Lyell (> 30 %). La défaillance cutanée aiguë engage le pronostic vital par retentissement hémodynamique, pertes hydro-électrolytiques, caloriques et protéiques, ou sepsis du fait de portes d'entrée multiples et des cytopénies. L‘âge et les comorbidités sont déterminants pour le pronostic. La défaillance muqueuse expose à un risque d'insuffisance respiratoire, de perforation digestive et d'atteinte oculaire grave. La présence de macules purpuriques douloureuses doit être reconnu comme un signal d'alerte précoce d’évolution vers une NET.
Le PNDS actualisé en 2023 détaille les soins de support, qui sont le pilier de la prise en charge. Aucun traitement curatif n'a démontré son efficacité (anti-TNF, immunoglobulines IV, immunomodulateurs), faute d'essais robustes dans cette toxidermie rare. Les inhibiteurs de JAK pourraient constituer une voie d’avenir. C’est ce qu’a suggéré une publication récente dans Nature portant sur 7 cas de PEAG. Toutefois, certains patients auraient possiblement plutôt présenté des toxidermies lichénoïdes bulleuses en lien avec les inhibiteurs de checkpoint. Le transfert en centre expert et l'alerte du réanimateur sont indispensables dès que le décollement dépasse 10% de la surface cutanée. L'atteinte oculaire aiguë requiert des larmes artificielles sans conservateur, l’application de pommade à la vitamine A et, dans les formes sévères, une greffe de membrane amniotique. Le suivi des séquelles ophtalmologiques s'appuie sur une fiche de recueil standardisée jointe au PNDS. Un bilan multidisciplinaire des séquelles est indispensable. L'oratrice a insisté sur la nécessité d'inclure largement les patients, y compris les plus sévères, dans les études prospectives.
Les antiépileptiques exposent à un risque de toxidermie particulièrement élevé : risque relatif de 72 pour la carbamazépine et ses dérivés, 17 pour la phénytoïne, 16 pour le phénobarbital, 14 pour la lamotrigine - cette dernière trop souvent prescrite en première ligne dans les troubles de l'humeur. L'allèle HLA-B15:02 est associé à un risque accru de DRESS et de NET sous carbamazépine et lamotrigine. Dans certains pays asiatiques, son dépistage systématique avant la prescription de ces molécules a permis d'en réduire l’incidence. Bien que souhaitable, cette pratique n'est pas encore appliquée en France. La recommandation d’augmenter progressivement les doses de lamotrigine à son initiation est actuellement mal respectée (50%). Les allergies croisées entre antiépileptiques sont fréquentes. En cas de toxidermie à la carbamazépine ou à la lamotrigine, il faut rechercher l’HLA-B15:02 et s'il est positif, toutes les molécules associées doivent être contre-indiquées (le phénobarbital peut être autorisé). En cas de toxidermie même bénigne associée à la lamotrigine, on réalisera des tests cutanés sans réintroduire la molécule. Si une benzodiazépine est la seule molécule suspecte, toute la classe est contre-indiquée, mais si d’autres molécules davantage pourvoyeuses sont imputables, la réintroduction d’une autre benzodiazépine est envisageable. Les alternatives doivent être discutées avec les neurologues et psychiatres.
Algorithme exploratoire des toxidermies - A. Barbaud
Une mise à jour des méthodes de tests cutanés pour les toxidermies, élaborée par la task force de l’EAACI, est en cours de publication. Le prick test à lecture retardée peut désormais remplacer l'IDR si celle-ci n’est pas réalisable. L'IDR s’effectue avec un volume contrôlé de 0,02 ml et doit être lue à 24-48 heures pour les hypersensibilités retardées. Pour tester en patch, les comprimés sont réduits en poudre dans 30% de vaseline. Les formes commerciales peuvent être utilisées en précisant la concentration finale du principe actif. Les PCI doivent être testés non dilués, de même que les héparines et certaines bêta-lactamines.
Les héparines provoquent des réactions au site d’injection, susceptibles de se généraliser sous la forme d’exanthèmes maculopapuleux (EMP). Dans ce cas de figure, les patch tests sont inutiles. L’IDR doit être réalisée d'emblée et lue à J1-J3 voire à J7 (positivation tardive possible). Les tests sont formellement contre-indiqués en cas de réaction à type de nécrose au site d’injection. La photosensibilisation s'explore par des photo-patch tests irradiés à 5J UVA à 24 heures, avec un témoin non irradié. Il n’y a pas de place pour les prick-tests ou IDR.
L'érythème pigmenté fixe doit être testé par patch tests et ROAT (Repeated Open Application Test) en zone antérieurement lésée (in situ). Le diagnostic est porté dans 30 % des cas par le patch in situ, 30 % par le ROAT et 30 % par le test de provocation orale, ce dernier étant néanmoins proscrit dans les EPF bulleux généralisés.
Pour les EMP sans signe de gravité, l'IDR peut être réalisée d'emblée sans patch préalable.
Dans le DRESS, les patch tests sont rentables avec une positivité globale de 57 % dans les méta-analyses, supérieure à celle observée dans l'EMP simple, mais restent négatifs pour certaines molécules comme l'allopurinol. Ils sont bien tolérés, bien qu’il existe un risque potentiel de réactivation virale chez les patients VIH et traités par antituberculeux. Contrairement aux EMP simple, l’IDR ne doit être réalisée qu’en cas de négativité du patch-test. La tolérance des IDR est toutefois bonne. L’épreuve de réintroduction dans le DRESS doit être réservée à des équipes expérimentées, après négativité des tests cutanés, et pas pour des médicaments fortement suspects. L’allopurinol, par exemple ne sera pas réintroduit. La réintroduction si elle est réalisée, est effectuée à plus de 6 mois de la phase aiguë, à une posologie très progressive débutant au centième. Dans une série française de 65 cas, 20% des patients ont récidivé sous la forme d’un EMP au re-challenge, mais la moitié d'entre eux a pu poursuivre le traitement sans aggravation de l’éruption. Dans la PEAG, les IDR sont rentables lorsque les patch tests sont négatifs. Dans les NET, en revanche, la rentabilité des tests est faible (moins de 20 % de patch positifs, peu d'apport des prick et IDR). Toute épreuve de réintroduction des médicaments suspects est interdite en cas de NET, mais elle peut être envisagée pour des molécules peu suspectes introduites concomitamment ; dans une série de 32 patients, ces réintroductions ont été bien tolérées, à l'exception d'une réaction d’hypersensibilité immédiate a priori fortuite.
Nouvelles recommandations de prise en charge de l’urticaire chronique - A. Badaoui
Les anciennes recommandations internationales pour la prise en charge de l’urticaire chronique dataient de 2022 et intégraient déjà les anti-histaminiques H2 initialement à posologie standard avec la possibilité d’augmenter jusqu’à 4 fois la dose, et en cas d’échec l’omalizumab initié à 300 mg toutes les 4 semaines, et possibilité d’optimisation jusqu’à 600 mg toutes les deux semaines. La ciclosporine apparaissant en tant que traitement de troisième ligne dans ces recommandations.
Les recommandations ont été actualisées en 2024 à l’occasion d’une réunion de 213 experts de 59 pays, et publiées dans Allergy. Concernant les explorations nécessaires, pour l’urticaire aiguë (<6 semaines) aucun examen n’est préconisé par les experts sauf en cas d’argument pour une allergie. Le bilan minimal recommandé pour l’urticaire chronique spontanée (UCS) comprend un hémogramme, un dosage de CRP. De façon non systématique et notamment dans le cadre des centres experts, les anticorps anti TPO peuvent être recherchés. Les urticaires inductibles doivent être explorées par des tests de provocation adaptés. Dans l’urticaire au froid, la recherche d’agglutinines froides ou d’une cryoglobulinémie n’est pas recommandée en dehors de points d’appels cliniques. La biopsie cutanée est recommandée à la recherche de diagnostics différentiels si les lésions ont un caractère fixe (>24 heures), notamment la vasculite urticarienne. Des signes systémiques associés en faveur d’un différentiel doivent être recherchés à l’interrogatoire.
L’objectif thérapeutique actuel dans l’urticaire chronique est l’obtention d’une rémission complète (score UCT = 16) avant d’envisager une diminution des thérapeutiques. On attire notre attention sur une large étude de cohorte américaine de plus de 200 000 patients atteints d’UCS, mettant en évidence un risque plus élevé de mortalité toutes causes à 3 mois à 1 an. Le contrôle complet de la maladie apparait à la fois comme un enjeu crucial et un objectif réaliste.
Les nouvelles recommandations maintiennent les anti-histaminiques H2 en première ligne thérapeutique dans l’UCS, jusqu’à 4 fois la dose standard. En cas d’échec, trois traitements systémiques apparaissent en deuxième ligne : l’omalizumab, mais également le dupilumab et le remibrutinib (ce dernier en attente d’autorisation de mise sur le marché en Europe).
Les experts suggèrent de ne pas utiliser de corticothérapie au long cours, en revanche les cures courtes de corticostéroïdes pourraient être utilisées pour passer le cap d’une poussée aiguë.
Chez l’enfant, l’algorithme thérapeutique issu du consensus d’experts est identique, en adaptant l’omalizumab au poids et à l’âge. L’algorithme est identique pour la femme enceinte et allaitante, chez qui les antihistaminiques, comme l’omalizumab peuvent être autorisés en toute sécurité (Vidal, CRAT).
Concernant les actualités thérapeutiques : le biosimilaire de l’omalizumab est commercialisé depuis 2024 avec une efficacité superposable. L’efficacité du dupilumab dans l’UCS a été mise en évidence chez les patients naïfs d’omalizumab ans deux études de phase III (CUPID A et B, respectivement 138 et 108 patients). Dans cette indication, le dupilumab est autorisé chez l’enfant dès deux ans (non encore remboursé). Le remibrutinib, inhibiteur de la tyrosine kinase de Bruton a fait la preuve de son efficacité dans l’UCS de l’adulte, dans deux essais contrôlés randomisés de phase III, sur le score d’activité UAS7 à 12 semaines, efficacité maintenue à 52 semaines. Des pétéchies ont été rapportées dans les premiers mois de traitement, sans thrombopénie associée. Il n’y avait pas de surrisque infectieux.
Peu de données comparatives sont actuellement disponibles entre les différentes molécules de deuxième ligne. Une méta-analyse regroupant 93 études sur 11 398 patients a identifié l’omalizumab et le remibrutinib comme les molécules les plus performantes sur le plan de l’efficacité et de la sécurité (Chu AWL, J Allergy Clin Immunol. 2025)
Aucun des systémiques de deuxième ligne n’a encore l’AMM dans les urticaires chroniques inductibles, mais un essai est en cours pour le remibrutinib.
Les nouvelles voies thérapeutiques de la tyrosine kinase de bruton et de l’inhibition de c-KIT (barzolvolimab) sont en cours d’évaluation.
Urticaire et réseaux sociaux - P. Mathelier-Fusade
20% de la population mondiale est confrontée à au moins une poussée d’urticaire dans sa vie, et jusqu’à 80% des atopiques. Malgré les avancées thérapeutiques récentes et les efforts de mise à jour des recommandations quant à la prise en charge de cette maladie, elle fait l’objet de nombreuses idées reçues. Les médias sociaux sont des sources puissantes d’informations pour 5.2 milliards d’utilisateurs dans le monde, 20 heures par semaine en moyenne. En France, 78% de la population utilise ces médias, à raison d’1h48 par jour, en premier lieu Facebook, YouTube et Instagram. La pandémie de 2020 a impulsé une augmentation du temps passé sur les médias sociaux, mais aussi le foisonnement d’informations, vraies et fausses, complexifiant l’accès à des sources fiables. La moitié des internautes français ont recherché des informations concernant leur santé en 2023. La désinformation en santé existait bien avant la pandémie et la thématique la plus sujette aux informations erronées était alors déjà celle de la vaccination. Une étude française de 2023 a exploré les croyances des français quant à l’information médicale : il a été mis en évidence que le refus vaccinal et le renoncement médical étaient associés à un niveau de connaissances en santé plus faible, à un usage plus fréquent des réseaux sociaux avec un fort niveau de confiance dans les contenus disponibles, une sensibilité au théories du complot et aux thérapies « alternatives », un mode de pensée intuitif plutôt qu’analytique, une méfiance envers la science et la médecine, et à de mauvaises expériences médicales personnelles.
Concernant l’urticaire chronique, les principales thématiques repérées dans les discours en ligne sont l’allergie comme cause suggérée, l’idée d’une prétendue absence de traitement disponible ou efficace, la promotion de régimes et compléments alimentaires et de traitement dits alternatifs ou « naturels ». Le lien entre les vaccins et les poussées d’urticaire est aussi une discussion récurrente. Sont aussi évoqués comme causes de la maladie : parasitoses digestives, infections fongiques. Sur Instagram et TikTok en particulier, des utilisateurs filment et décrivent leurs poussées parfois au jour le jour, et les mesures entreprises pour les contrôler. Diverses méthodes sont suggérées : traitements anti-parasitaires, corticothérapie, régimes « pauvres en histamine » et autres régimes d’éviction (sans gluten, sans lactose, pauvre en sel) jusqu’au jeûne, homéopathie, acupuncture, herbes chinoises, magnétisme…
Dans des études internationales via questionnaires chez des patients atteints d’urticaire, les personnes concernées exprimaient un souhait d’avoir accès à des ressources en ligne fiables pour s’informer sur leur maladie, mais l’interprétation, la compréhension, l’appropriation, l’utilisation de l’information sont des enjeux au moins aussi cruciaux que la disponibilité de l’information elle-même.
La littéracie en santé désigne la capacité d’un individu à trouver, comprendre, évaluer, utiliser l’information dans le but de développer son autonomie dans le système de soins. Dans une étude française de 2021, 44% des adultes rencontraient des difficultés à utiliser l’information de manière autonome. Ces difficultés étaient associées à un statut social défavorable, à des difficultés financières, des problèmes de santé chroniques, à l’absence de médecin traitant. 72% des personnes doutaient de leur aptitude à évaluer de façon adéquate les informations auxquelles elles étaient exposées, et 30% des répondants rapportaient oublier les informations délivrées.
L’accès libre et désormais quasi-permanent à des contenus profus et dérégulés sur des thématiques de santé via les médias sociaux pourrait donc accroître le risque de désinformation. En particulier à l’ère des algorithmes pourvoyeur d’homophilie (tendance à être exposé à des contenus similaires en fonction des préférences de l’utilisateur), des régulations semblent nécessaires pour juguler une amplification attendue de la mésinformation. Il est de la responsabilité des professionnels de santé de donner accès aux patients à une information médicale de qualité, en ligne si possible (fiches d’information, sites de sociétés savantes, d’associations de patients) mais aussi de lutter contre l’errance médicale qui risque de les orienter progressivement vers des sources moins fiables. Des formes de collaborations entre professionnels de santé et influenceurs, dont la production de contenu en ligne est le coeur de métier, reste à penser.
Cette session a réuni six cas cliniques de dermato-allergologie présentés par des orateurs de six pays, illustrant la diversité des expositions selon les contextes culturels et la place croissante des préparations dites naturelles dans la pathologie de contact.
N. Ouedraogo (Burkina Faso) a rapporté le cas d'une femme de 45 ans présentant à la fois des lésions papuleuses fugaces du tronc et des membres et des plaques vésiculeuses généralisées, association inhabituelle d'une urticaire à un eczéma de contact. Les patch tests de la batterie standard européenne étaient positifs pour la fragrance mix I, fragrance mix II et le lyral. La reprise de l'interrogatoire a mis en évidence un usage régulier de fumigations d'encens — assemblage de racines imbibées de parfum — au-dessus desquelles la patiente se positionnait. Le prick test positif à l'encens a signé le diagnostic d’urticaire de contact, mais le patch test était également fortement positif à 48 heures, et la biopsie a mis en évidence une spongiose et une exocytose, l’ensemble très en faveur d'un eczéma de contact allergique. L'éviction a permis la disparition des deux composantes en trois semaines, toutefois la patiente a présenté une récidive après reprise des fumigations.
R. Karkar (Algérie) a présenté le cas d’une femme de 29 ans atteinte d'une dermatose plantaire prurigineuse et douloureuse gênant la marche, évoluant vers une desquamation en lambeaux, survenue après utilisation d'une crème antitranspirante artisanale, de composition non précisément connue. Le ROAT en peau saine, à raison de deux applications quotidiennes pendant sept jours, a déclenché à J4 un érythème franc débordant la zone d'application, confirmant l'allergie ; les ROAT au musc officinal et à l'oxyde de zinc officinal sont restés négatifs. Les huiles essentielles contenues dans la crème, ou un adoucissant ont été suspectés sans pouvoir être identifiés. Ce cas illustre le caractère trompeur des cosmétiques artisanaux perçus à tort comme inoffensifs.
O. Bauvin (France) est revenue sur un épisode médiatique de 2015 autour des masques à la cannelle « faits maison », ayant occasionné des brûlures et possiblement des allergies. La cannelle, via le cinnamaldéhyde, est à la fois caustique et allergisante, et expose à des dermites irritatives très érosives ainsi qu'à des chéilites et stomatites allergiques. Les tutoriels DIY en ligne posent problème en l'absence de toute régulation de ces cosmétiques faits maison.
G. Chidiac (Liban) a rapporté le cas d'une jeune femme ayant développé après l’application d'huile de nigelle une dermite érosive associée à des lésions en pseudo-cocarde. Le patch test positif a signé le diagnostic. L'huile de nigelle, dotée de propriétés anti-inflammatoires, antioxydantes et antinéoplasiques, est largement utilisée en médecine traditionnelle, notamment dans l'acné et l’eczéma. Son potentiel sensibilisant est documenté depuis 1997 ; une série de sept cas publiée dans le JAMA Dermatology décrivait déjà des lésions en cocarde, des vésicules ou bulles, un signe de Nikolsky. D'autres huiles essentielles, comme le tea tree ou le laurier, peuvent réaliser des tableaux de pseudo-érythème polymorphe. La thymoquinone, principal composant de l’huile de nigelle, est tenue pour responsable des réactions, et le tert-butylhydroquinone, antioxydant de structure proche, peut servir de marqueur indirect. Un cas par procuration a été décrit, via la barbe d'un conjoint enduite d’huile de nigelle. Des cas plus sévères sont rapportés en cas d’absorption orale.
F. El Fatoiki (Maroc) a décrit chez une patiente de 57 ans des lésions bulleuses des sourcils associées à un œdème palpébral et des brûlures cutanées et oculaires, survenus après une première application d'Euphorbia characias. L'évolution a été favorable sous dermocorticoïdes. Cette plante méditerranéenne, dont les propriétés caustiques sont utilisées en médecine traditionnelle pour le traitement des verrues, est responsable d'accidents cutanés et oculaires, bien connus en horticulture. Ce cas rappelle la place centrale des plantes médicinales dans la médecine traditionnelle marocaine, où la profession d'herboriste est réglementée mais sans formation académique, et où la fabrication artisanale et non régulée des préparations laisse subsister un risque d’accident.
F. Zeglaoui (Tunisie), enfin, a rapporté l'apparition de lésions prurigineuses bulleuses 48 heures après un tatouage éphémère chez une jeune femme. Les préparations de tatouage artisanales, longues à confectionner, ont été progressivement remplacées par des produits prêts à l'emploi vendus en ligne, souvent enrichis en paraphénylènediamine (PPD) pour intensifier la couleur, ce qui était le cas ici. La PPD, présente dans les teintures capillaires, les textiles, les peintures et certains hennés, peut être responsable d'effets cumulatifs y compris lorsqu’elle est utilisée à concentrations faibles. Elle peut occasionner une toxicité systémique secondaire aux applications topiques. Les tatouages éphémères, plébiscités pour leur caractère indolore et bon marché, comportent un risque allergologique réel, trop souvent méconnu.
M. Lefevre M. Tauber - HS immédiate
Plusieurs sociétés savantes ont produit des recommandations sur les HS immédiates aux PCI : l'EAACI (allergologie européenne), l'ESUR (radiologie européenne), l'ACR et l'AAAI (radiologie, internationale). Là où les allergologues mettent l'accent sur le bilan avec à son terme la réintroduction d'une alternative, les radiologues proposent une approche plus pragmatique consistant à switcher de molécule devant tout antécédent d'urticaire survenu dans l'heure suivant l’injection.
Les réactions immédiates aux PCI restent rares, autour de 1,4 %. La plupart sont légères, les formes sévères ne dépassant pas 0,04 %. L'enjeu principal est de distinguer les effets physiologiques et physico-chimiques attendus des produits — chaleur diffuse, goût métallique, nausées, malaise vagal — qui ne justifient aucune exploration allergologique, des authentiques phénotypes d'HS immédiate systémique (bronchospasme, œdème laryngé, choc) qui nécessitent un bilan complet. Entre les deux subsiste une zone grise constituée par les manifestations cutanées immédiates isolées (urticaire, prurit, flush, angio-œdème) dans l'heure suivant l'injection, que les recommandations européennes de 2021 invitent à explorer par tests cutanés et éventuelle réintroduction.
La démarche débute par une documentation précise de l'épisode index : nature du PCI, délai, phénotype, traitements entrepris, diagnostics différentiels et, en cas d'anaphylaxie sévère, recherche d'autres suspects, latex inclus. Le prick test, peu rentable, figure néanmoins toujours dans les recommandations ; l'IDR est recommandée à dilution 10⁻¹, voire pure lorsque l'histoire est très évocatrice. Le bilan peut être réalisé 4 à 6 semaines après l'épisode, et aucun test biologiques ne saurait se substituer aux tests cutanés. La réintroduction d'une alternative dont les tests sont négatifs reste systématiquement indiquée, sans qu'aucun protocole consensuel n'existe. En cas de réintroduction urgente sans possibilité de bilan préalable, on optera pour un switch avec prémédication en cas de réaction de grade I, et pour la même attitude assortie d'une surveillance renforcée en milieu sécurisé en cas d'anaphylaxie. Hors urgence, l'enchaînement tests cutanés puis réintroduction permet de distinguer les véritables HS immédiates allergiques des formes non allergiques.
HS retardée
Les PCI sont des suspects fréquemment oubliés dans les HS retardées, du fait notamment de leur administration en injection unique. Les toxidermies aux PCI surviennent dans des délais courts allant de quelques heures à huit jours après une seule injection. Il n’y a pas lieu de tenir compte des sept demi-vies d'élimination. On attendra six semaines en cas de toxidermie bénigne pour réaliser un patch test tel quel suivi d'une IDR pure, et plus de six mois dans un centre expert pour les formes sévères, avec un patch de la solution telle quelle en première intention, puis une IDR pure si le patch est négatif. Trois PCI doivent être testés d'emblée : le suspect lorsqu'il est connu, ainsi qu'un représentant du groupe A et un du groupe B (classification reposant sur la tructure chimique des PCI, en particulier la position des chaînes latérales sur le noyau triiodobenzène). Une étude du groupe toxidermie (FISARD) portant sur 300 patients explorés pour exanthème maculopapuleux à un PCI avec une positivité pour au moins un produit, a montré en 2025 que les IDR étaient plus sensibles que les patch tests. Toutefois, ces derniers permettaient malgré tout de récupérer des patients dont les IDR étaient négatives, justifiant la poursuite de leur utilisation.
L'érythème pigmenté fixe se teste en patch, en peau antérieurement lésée. Dans la pustulose exanthématique aiguë généralisée, patch tests et IDR peuvent être réalisés simultanément en l'absence de sévérité particulière de l'épisode index. Les tableaux de type ESDR (érythème scarlatiniforme desquamatif) s’observent dans un délai de trois jours. Les PCI ont été décrits comme pourvoyeurs. Les tests cutanés seront également réalisés in situ dans cette entité.
Enfin, une étude FISARD de 2024 a colligé 43 cas de toxidermie avec patch test ou IDR positifs à l’ensemble des sept PCI testés, illustrant la fréquence des cosensibilisations dont les mécanismes restent mal élucidés mais qui justifient un recours large à la batterie complète pour les HS retardées aux PCI.
Actualités thérapeutiques dans l’eczéma chronique des mains - C. Leuleu
L’eczéma chronique des mains (ECM) doit faire rechercher un facteur de contact. Les émollients quotidiens restent la pierre angulaire de la prise en charge. La première ligne thérapeutique par dermocorticoïdes ou inhibiteur de calcineurine topique est proposée après avoir recherché des signes de surinfection locale. Le bon usage des traitements topiques doit être contrôlé et l’éducation thérapeutique répétée. L’alitrétinoine a l’AMM en deuxième ligne dans l’ECM en échec des topiques.
L’actualité a été marquée par la mise à disposition du delgocitinib (AMM en 2024, remboursement 65%) dans l’ECM modérée à sévère de l’adulte. Il s’agit d’un inhibiteur pan-JAK topique dont la prescription est réservée aux dermatologues et allergologues. Le traitement s’applique deux fois par jour en fine couche. Dans l’essai Delta 1 randomisé en 2:1, 638 patients ont été traités par delgocitinib et comparés à 320 patients ayant reçu un placebo. A 16 semaines, le delgocitinib a montré une supériorité significative sur l’obtention d’un score IGA-CHE à 0 ou 1 par rapport au placebo. La réponse clinique était observée précocement, dès 4 semaines de traitement, sur l’activité globale de la maladie mais aussi le prurit et la douleur, avec une poursuite de l’amélioration des outcomes jusqu’à la semaine 16. Une amélioration à 75% du score HECSI (Hand Eczema Severity Index) était obtenue par la moitié des patients traités par delgocitinib.
Les données de tolérance étaient satisfaisantes dans cet essai. Dans l’étude d’extension de cet essai (Delta 3), les répondeurs initiaux maintenaient leur réponse à 36 semaines, et les résultats suggéraient un effet de rémanence avec un maintien de l’efficacité y compris plusieurs semaines après l’interruption des applications.
L’étude randomisée Delta Dorce a comparé l’alitrétinoine au delgocitinib chez plus de 500 patients adultes atteints d’ECM sévère, en échec des dermocorticoïdes. A la semaine 24, le delgocitinib était supérieur à l’alitrétinoine pour l’obtention de l’HECSI90, l’amélioration du prurit et des douleurs. Les données de tolérance étaient également favorables au delgocitinib, avec davantage d’effets indésirables chez les patients traités par alitrétinoine , et plus souvent sévères (10% des effets indésirables conduisaient à l’arrêt du traitement dans le groupe alitrétinoine ).
Dans l’actualité également une méta-analyse de janvier 2026 ayant inclus 374 patients traités par dupilumab pour un ECM, et estimant le taux de répondeurs à 80% entre 4 et 16 semaines de traitement, avec une amélioration de la réponse avec la poursuite du traitement. L’efficacité apparaissait moindre dans les formes hyperkératosiques, et meilleure chez les patients atopiques.
Dans un essai randomisé en 1:1 contre placebo ayant inclu 133 patients de plus de 12 ans présentant un ECM sévère résistant aux dermocorticoïdes, l’efficacité du dupilumab était supérieure à celle du placebo sur les scores d’activité de la maladie et le prurit.
Concernant le tralokinumab, les données issues des essais cliniques dans lequels 6 patients inclus présentaient un ECM suggèrent une amélioration plutôt lente du score HECSI avec ce traitement. On dispose également de données rétrospectives sur 16 patients avec un ECM résistant aux traitements topiques, traités par tralokinumab et suivi sur une période de 52 semaines avec autorisation de la poursuite des topiques pendant le suivi : une baisse de l’HECSI était observée à partir de la quatrième semaine de traitement, et 100% des patients obtenaient une baisse de 75% de l’HECSI à la semaine 52. 60% de ces patients avaient pu espacer les injections à toutes les quatre semaines sur la période.
Enfin, concernant la place éventuelle des inhibiteurs de janus kinase dans le traitement de l’ECM, les essais randomisés Measure Up 1 et 2 ayant évalué l’efficacité contre placebo de l’upadacitinib dans la dermatite atopique, chez les patients inclus qui présentaient un ECM, une efficacité significative était obtenue dès la première semaine de traitement comparativement au placebo.
Quand le coupable est le travail - F. Castelain
La présentation est organisée sous forme de vignettes cliniques.
Le premier cas présenté est celui d’une jeune coiffeuse de 18 ans, consultant pour un eczéma des mains hyperkératosique, avec un rythme professionnel net (amélioration pendant les périodes chômées). Ce type de présentation doit faire distinguer trois cas de figures qui correspondent aux différentes étiologies de l’eczéma professionnel. Premièrement, la dermatite irritative est de survenue rapide après exposition à des produits irritants. Elle n’implique pas de mécanisme immuno-allergique ni de période de sensibilitsation. Elle se présente typiquement comme une éruption du dos des mains à limite relativement nette, papuleuse, hyperkératosique et squameuse, d’évolution fissuraire. La guérison est rapide après éviction des irritants.
La dermatite atopique, qui touche volontiers les mains, est aggravée en milieu humide, comme c’est le cas dans le secteur de la coiffure (shampoings), il s’agit donc d’un diagnostic différentiel.
Enfin, la dermatite de contact allergique, réaction d’hypersensibilité retardée après une période de sensibilisation, ne survient jamais dès la première exposition à l’allergène, mais 48-72 après une réexposition. Moins fréquente que la dermatite de contact irritative, elle peut la compliquer (une barrière cutanée altérée favorisant les phénomènes de sensibilisation). Le bilan allergologique fait le diagnostic en prouvant la sensibilisation. En cas de suspicion forte d’allergie de contact, on peut débuter les explorations par un open test sans recouvrir la zone testée d’un patch, qui peut suffire à confirmer le diagnostic en évitant une réaction explosive au patch tests. Le traitement de la dermatite de contact allergique implique non seulement l’éviction de l’allergène, mais aussi celle des irritants dans la mesure du possible.
Ces trois diagnostics ne sont pas mutuellement exclusifs. Les mesures de prévention leur sont globalement communes. En prévention primaire, il faudra chercher à réduire le risque de sensibilisation par le port de gants adaptés, les soins des mains (émollients, séchage avec un linge sec) et le lavage des instruments, l’utilisation d’outils sans nickel et de shampoings moins irritants, la répartition des tâches impliquant le contact avec l’humidité (réalisation des shampoings par exemple) entre plusieurs membres du personnel, le contrôle de la température de l’eau.
On présente ensuite le cas d’un patient rectifieur industriel, avec un tableau clinique de pulpite de rythme professionnel. On note que pour déceler un rythme professionnel, qui est le plus fort argument pour la suspicion de l’origine professionnelle de la dermatose, l’amélioration pendant les périodes de vacances est souvent plus sensible que dans la temporalité semaine/weekend, trop courte pour observer une véritable amélioration du tableau. Le rythme professionnel d’une dermatite de contact peut également prendre un caractère saisonnier (notamment chez les fleuristes). Du fait de la précision nécessaire pour les gestes réalisées, ce patient manipulait sans gant des objets métalliques de petite taille, une allergie aux métaux était donc initialement fortement suspectée. Pourtant, c’est au fluide de coupe que le patient s’était sensibilisé. L’allergie n’a pu être documentée que grâce à un interrogatoire particulièrement minutieux pour retracer chacun des gestes réalisés quotidiennement par le patient dans le cadre de son activité. Ce cas démontre également l’importance de tester avant tout les produits directement apportés par le patient, après avoir scrupuleusement vérifié les fiches de sécurité et le pH des produits professionnels.
La troisième situation clinique est celle d’une informaticienne 25 ans se plaignant d’un eczéma initialement localisé uniquement à la face médiale du pouce droit, puis d’extension dans un second temps à la région péri-labiale, puis palpébrale. L’interrogatoire a permis d’une part de retracer cette évolution précise des lésions, évocatrice d’une atteinte manuportée au niveau du visage, mais surtout d’identifier l’objet responsable de l’atteinte initiale localisée au pouce droit. La patiente utilisait au travail une souris d’ordinateur ergonomique avec une loge spécifique pour le pouce tapissée de caoutchouc. L’exploration allergologique a mis en évidence une positivité pour l’IPPD (N-isopropyl-N-phénylparaphénylènediamine) en patch test, agent anti-oxydant utilisé pour la protection des caoutchoucs contre l’oxydation et la fissuration, et présent dans la composition de la souris de la patiente. La dermatose a intégralement guéri après remplacement de cet outil.
Le quatrième patient, ophtalmologue, présentait un eczéma des mains en manchette. Il suspectait plusieurs des produits utilisés dans le cadre de son exercice. C’est un ROAT (Repeated Open Application Test) réalisé avec les produits personnels qui a permis de mettre en évidence une sensibilisation au gel hydroalcoolique utilisé par le patient dans son exercice. L’éviction de ce produit n’a permis qu’une amélioration partielle de l’eczéma des mains, ce que la poursuite des explorations allergologique a finalement expliqué car il existait plusieurs également une sensibilisation à la tétracaïne (collyre anesthésiant) et aux gants utilisés par le patient, qui ont donc fait également l’objet d’une éviction. Celle du gel hydro-alcoolique pouvait poser problème, au vu de la nature de l’activité professionnelle, mais une analyse de la composition de ce gel a permis de préciser la nature de l’allergie : le patient était sensibilisé à un carbomère contenu dans le produit. Il a pu poursuivre l’utilisation de la solution hydro-alcoolique de la même marque, sans problème de tolérance.
Un cinquième cas illustrait à nouveau l’importance de l’interrogatoire dans le domaine de l’allergie, ainsi que celle de détails dont la mise en évidence est parfois le fruit du hasard. Une jeune femme de 25 ans, atopique, présentait une pulpite avec un rythme professionnel. Elle travaillait à la fabrication de fenêtres, et mansipulait quotidiennement des pièces métalliques, qu’elle avait donc apportées en vue des tests. Le jour de sa venue, l’élastique qui servait à tenir les pièces en place pendant le transport a attiré l’attention des allergologues. Dans le cadre du travail, la patiente a expliqué retirer plusieurs fois par jour les élastiques autour des pièces de métal avant de les manipuler. Il a été décidé d’inclure un échantillon de cet élastique apporté par hasard dans les explorations, et ce sont ces tests qui se sont révélés positifs.
Le dernier patient, boulanger, avait consulté pour un tableau d’eczéma chronique, fréquemment exacerbé en période travaillée. Il ne rapportait pas de symptôme de rhinite ou d’asthme sur le lieu de travail. Le patient a bénéficié d’une batterie standard européenne en patch tests à titre systématique, toutefois le contexte professionnel (métier de l’alimentation) et la survenue rapide des exacerbations lors des expositions devaient faire suspecter une dermatite de contact aux protéines (DCP), diagnostic confirmé par le prick-test et les IgE spécifiques des protéines de la farine de blé. La DCP est une allergie souvent professionnelle dans laquelle l’altération de la barrière cutanée favorise le passage de molécules de haut poids moléculaire conduisant à une sensibilisation IgE médiée (hypersensibilité de type 1, immédiate). Lors des ré-expositions, les patients présentent dans des délais rapides (quelques minutes) un prurit, une urticaire de contact, et parfois une rhinite, conjonctivite ou un asthme (surtout pour les allergènes aéroportés). Il s’y associe des lésions d’eczéma oedémateux, dont l’apparition est plus rapide que dans la dermatite de contact allergique classique. La DCP doit être évoquée chez les professionnels exposés aux protéines animales ou végétales.
Education thérapeutique du patient dans l’eczéma des mains - P. Pralong
L’éducation thérapeutique du patient (ETP) peut être comparée à un « permis de conduire, étape nécessaire pour pouvoir faire avancer son véhicule (son corps) à travers une maladie chronique. L’ECM est une forme toute particulière d’eczéma, étant donné que les mains ont un rôle central dans le quotidien, personnel comme professionnel. Elles sont un outil d’expression, de communication et de travail. Prendre en charge cette maladie implique non seulement de savoir la reconnaître en tant que telle et de prescrire les traitements adéquats, mais aussi de donner les outils au patient pour utiliser ces traitements de façon optimale.
L’ETP ne doit pas être cantonnées aux séances de formation qui lui sont dédiées, très utiles mais organisées ponctuellement et seulement dans certains centres. Elle réside aussi dans une posture éducative qui peut être adoptée en en consultation et repose sur l’écoute active, l’adaptation du discours au patient, le recours à des explications simples et imagées, la vérification de la compréhension des informations délivrées
Montrer directement des images des lésions d’eczéma au patient lui permet de s’identifier, de mieux appréhender ce que représente une poussée et d’identifier les cibles concrètes des traitements qui lui sont prescrits.
Le patient doit également être informé du ou des mécanismes à l’œuvre dans sa maladie : l’atopie, l’irritation, ou l’allergie. Ces différents phénomènes n’impliquent pas le même pronostic évolutif ni les mêmes mesures de traitement, même s’ils sont souvent intriqués. La suspicion d’un mécanisme allergique justifie la réalisation des tests allergologiques dont les principes et l’intérêt doivent être expliqués au patient.
Les patients doivent connaître les facteurs d’irritation susceptibles d’aggraver leur dermatose : l’humidité, le froid, les produits d’hygiène ou d’entretien inadaptés, les frottements. On peut leur remettre des fiches conseils détaillant les techniques de lavage et les soins des mains (eau tiède, huile ou syndet, séchage par tamponnement, crème barrières, fréquence de lavage réduite, etc.).
Il est essentiel d’expliquer aux patients que les émollients ne sont pas le traitement « de première ligne » d’une poussée, qui permettrait d’éviter ou de différer les applications de dermocorticoïdes.
Il faut savoir insister sur l’urgence du traitement de la poussée d’eczéma dès ses premiers signes, et qu’il ne peut pas faire l’économie des anti-inflammatoires locaux. De même, le patient devra avoir compris l’importance de traiter la poussée « jusqu’à la fin », c’est-à-dire jusqu’à ce que l’aspect et la sensation de la peau soient normales. On peut utiliser l’image des braises qui peuvent faire reprendre un feu : l’enjeu étant d’étendre jusqu’à la dernière braise. La même logique du feu peut permettre au patient de comprendre pourquoi il est conseillé de traiter une zone un peu plus large que la zone concernée par la poussée stricto sensu.
Quant à la quantité à utiliser, l’unité phalangette peut être un repère utile pour certains patients, il ne faut pas hésiter à la noter sur les ordonnances et à en faire la démonstration en consultation - voir le médecin toucher le dermocorticoïde peut véhiculer un message positif quant à l’absence de nocivité de ces produits et en dédramatiser l’usage. Il faut avoir dit aux patients qu’il n’y a pas de risque d’accoutumance en utilisant les dermocorticoïdes.
L’ETP implique nécessairement une lutte adroite contre la désinformation et les traitements inadaptés vers lesquels les patients se sont souvent dirigés. La demande est également celle d’être guidé parmi la très grande offre de dermocosmétiques sur le marché, notamment pour le choix des émollients qui sont un élément clé du traitement. Le message qui doit passer est que la « meilleure » crème est celle que le patient apprécie suffisamment pour l’appliquer chaque jour sans exception. Tous les conseils délivrés en consultation doivent avoir pour objectif de favoriser au maximum l’autonomie des patients.
Nouvelles recommandations françaises pour la prise en charge de la dermatite atopique (DA) - D. Staumont-Sallé
Élaborées entre 2022 et 2025, ces recommandations actualisent celles de 2004 et s'inscrivent dans la continuité des recommandations européennes parues en 2022. L'algorithme complet et le texte intégral sont disponibles dans les Annales de Dermatologie. La présentation visait à en dégager les messages forts.
Sur le plan paraclinique, la biopsie cutanée doit être réalisée — et au besoin répétée — devant toute atypie lésionnelle. En revanche, aucun bilan allergologique systématique n'est recommandé.
Les traitements topiques conservent une place centrale : ils contrôlent la majorité des DA légères à modérées et restent un complément indispensable des systémiques dans les formes plus sévères. Nouveauté importante, en cas d'impétiginisation, les dermocorticoïdes (DC) et le tacrolimus peuvent être poursuivis dès lors qu'une antibiothérapie adaptée (locale ou systémique selon l'étendue) est instaurée. En revanche une suspicion de surinfection herpétique justifie de suspendre les anti-inflammatoires locaux, qui pourront être repris après 48 heures de traitement antiviral. Ce dernier est débuté sans attendre le résultat de la PCR.
Les critères d'éligibilité au traitement systémique ont été précisés : DA mal contrôlée (scores d’activité ou retentissement sur la qualité de vie) malgré un traitement local adapté et bien conduit, ou incapacité du patient à réaliser le traitement local. Chez l'adulte, le besoin d'au moins quatre tubes de DC forts par mois au long cours constitue également une indication de traitement systémique.
Les recommandations n’ont établi aucune hiérarchie entre les systémiques disponibles : ciclosporine, anti-JAK et biothérapies. Cependant, le périmètre de remboursement français impose toujours un passage par la ciclosporine pour accéder aux autres systémiques. La ciclosporine garde par ailleurs toute sa place chez l'adulte lorsqu'un contrôle rapide est nécessaire (4-5 mg/kg/j sur une durée maximale d'un an.
On rappelle que les JAK inhibiteurs doivent être évités chez les patients de plus de 65 ans, les fumeurs, en cas de facteurs de risque cardiovasculaire ou de maladie thromboembolique veineuse, et d'antécédent de cancer. Une posologie réduite de moitié peut être proposée.
Pendant la grossesse et l’allaitement, les dermocorticoïdes, inhibiteurs de la calcineurine, la photothérapie sont autorisés. L’utilisation de ciclosporine et des biothérapies (très peu de données disponibles) nécessite une discussion au cas par cas. Les JAKi ne doivent pas être utilisés.
Concernant les soins locaux - A Nosbaum
Le socle thérapeutique que représente le couple émollients - dermocorticoïdes reste solide. Reconstituer la barrière cutanée demeure essentiel. Il est démontré que les émollients prolongent les périodes sans poussée. Concernant les habitudes d’hygiène, les douches et bains doivent être courts et tièdes, avec des produits à pH 5-6. En revanche, la fréquence des lavages doit être laissée libre car sans impact sur la maladie.
Pour le traitement de la poussée, les DC restent la meilleure option : d’activité forte sur le corps, modérée sur le visage, y compris chez l'enfant. Aucune décroissance progressive n’est recommandée. Ils sont appliqués dès les premiers signes de poussée et jusqu'au retour à une peau normale. L'unité phalangette reste la référence et aucune quantité maximale ne s'applique en phase aiguë.
Les inhibiteurs de la calcineurine topiques (ICT) sont adaptés aux zones à risque d'atrophie cortisonique, ou en relais des DC. Ils sont utilisables chez l’enfant. Il n'existe pas de risque de lymphome cutané associé.
Le traitement proactif par DC ou ICT — deux applications par semaine — multiplie par 8 le délai entre les poussées en cas de récidives fréquentes. Il a récemment été démontré que chez la souris, ces topiques inhibent les lymphocytes T résidents mémoires impliqués dans les poussées. Cet effet est suspensif et l’arrêt complet occasionnera une reprise d’activité des cellules inflammatoires.
Concernant les innovations, plus de 40 molécules sont en développement et trois nouvelles classes ont été approuvées par la FDA depuis 2016 dans la DA. Premièrement, des topiques de la classe des JAK inhibiteurs ont été développés. Le delgocitinib est un inhibiteur pan-JAK recommandé dans la prise en charge de l’eczéma chronique des mains modéré à sévère chez l'adulte en échec des DC. Il permet d’obtenir 30 % de blanchiment à 16 semaines vs 10 % pour le placebo. Son effet est rapide sur le prurit. Son profil de tolérance est bon. Il est déjà utilisé en première ligne thérapeutique dans la DA de l’enfant ≥ 2 ans au Japon. Le ruxolitinib (inhibiteur JAK1-2) est approuvé aux USA depuis 2021 pour les patients de plus de 12 ans non contrôlés par DC, en cas d’atteinte de moins de < 20 % de la surface corporelle. Il permet d’obtenir 70 % de blanchiment à 8 semaines, avec un effet sur le prurit dès les premières minutes. Aux USA? Le médicament est positionné en première ligne thérapeutique y compris chez l'enfant à partir 2 ans.
Deuxièmement, trois inhibiteurs de PDE4 sont approuvés par la FDA : le crisaborole dans la DA légère à modérée dès l’âge de 3 mois ; le roflumilast, également utilisé dans la dermatite séborrhéique et le psoriasis, avec un bon profil de tolérance mais dont l’efficacité est inférieure aux DC et JAKi topiques ; le difamilast (Japon 2021, USA 2026) peut-être utilisé à partir de 2 ans, avec une efficacité modeste (40 % de succès à 4 semaines) et un bon profil de tolérance.
Enfin, le tapinarof est un agoniste du récepteur aryl-hydrocarbone approuvé aux USA en 2024 dans la DA et auparavant en 2022 pour le psoriasis. Il est indiqué dans la DA légère à modérée à partir de 2 ans. Il permet d’obtenir 46 % de réponse à 8 semaines. Les principaux effets indésirables à redouter sont des folliculites et céphalées.
Une méta-analyse en réseau (Zhang et al., JAMA Dermatol 2026) a comparé ces différents topiques en matière d’efficacité et de tolérance. Il en ressort que toutes les molécules ne se valent pas : les dermocorticoïdes ont un meilleur rapport efficacité/tolérance que le tacrolimus par exemple, et nettement supérieur aux inhibiteurs de PDE4. Quant aux JAKi, leur efficacité est excellente, mais la tolérance est mal connue. De plus, il faut intégrer le coût de ces traitements au choix du traitement, et dans le cas de JAKi, il est très élevé.
Au total, le couple émollients - dermocorticoïdes reste imbattable. Les nouveaux topiques constituent des innovations, mais leur soutenabilité économique pose question.
Focus sur les études cliniques du GREAT - M. Viguier
Lymphome cutané, dermatite atopique et dupilumab
Des cas de lymphomes T cutanés (LTC) ont été rapportés sous dupilumab dans la DA, posant la question d’une véritable induction d’un lymphome par le dupilumab versus démasquage d'un LTC à la faveur du traitement efficace de la DA ou confusion diagnostique initiale entre DA et LTC. Il existe un rationnel biologique à l’induction éventuelle de lymphomes par le dupilumab reposant sur l'augmentation de la biodisponibilité de l'IL-13, susceptible de favoriser une prolifération tumorale via le récepteur IL-13Rα2.
L'étude conjointe GREAT-GFELC a colligé 547 patients pris en charge pour une DA ayant développé un LTC sous dupilumab, d’âge moyen 58 ans. La dermatose étiquetée « DA » avait débuté au-delà de l’âge de 40 ans chez 41% d’entre eux. Au diagnostic de LTC, 75% des patients présentaient une aggravation de lésions préexistantes plutôt que des lésions de novo (25%).
Une méthode Delphi modifiée a permis de dégager un consensus d’experts.
Les experts ont recommandé de réaliser une histologie cutanée avec recherche de clonalité T et un immunophénotypage lymphocytaire devant certaines atypies anamnétiques - patients de plus de 40 ans, sans antécédent d’atopie - et cliniques : érythrodermie, alopécie, atteinte folliculaire, kératodermie palmoplantaire.
La modification de l’aspect des lésions sous traitement ou leur aggravation doit faire réaliser ou reconduire l’examen histologique avec étude de clonalité. En cas de LCT confirmé ou fortement suspecté, le dupilumab doit être interrompu. Le traitement spécifique du LCT peut être différé de trois mois (approche « wait and see ») dans les formes non agressives. Si le diagnostic est incertain, il est proposé de renouveler les prélèvements en cas de persistance des lésions à 3 mois - plus tôt en cas d’aggravation. En cas de suspicion de LCT, un switch thérapeutique pour le methotrexate peut être envisagé.
Blépharo-conjonctivites sous biothérapies : études DUPI-OEIL et TRALO-OEIL
Les blépharo-conjonctivites (BC) sous biothérapie de la DA sont relativement fréquentes : dans les essais thérapeutiques, leur fréquence est estimée à 25 % sous dupilumab, 7 à 10 % sous tralokinumab, moins de 5 % sous lébrikizumab. Une méta-analyse de 2023 ne retrouvait pas de différence de risque significative entre les trois biothérapies.
L'étude DUPI-OEIL a inclus 181 patients sous dupilumab. Dans cette cohorte, 18,7 % des patients développaient une BC, toutes de novo sans aucune aggravation des BC préexistantes. Les BC apparues sous traitement étaient modérées dans 80 % des cas. Le risque de BC n’était pas associé à une atteinte ophtalmologique préalable. Les facteurs de risque identifiés étaient : une atteinte tête et cou, une érythrodermie, une sécheresse oculaire.
L'étude TRALO-OEIL a inclus 96 patients sous tralokinumab. L'analyse intermédiaire disponible met en évidence 11 cas de BC de novo (14,6% des patients), le plus souvent modérée. Chez les 23 patients qui présentaient une BC avant le début de la biothérapie l’atteinte était stable ou résolutive à 4 mois sans aggravation.
Les données sont en faveur de ne pas contre-indiquer l’introduction du dupilumab ou du tralokinumab chez les patients présentant une blépharo-conjonctivite.
Désescalade thérapeutique du dupilumab
L'enjeu de la désescalade est à la fois médico-économique (produits coûteux) et porté par les patients eux-mêmes, qui en sont parfois à l'initiative après une efficacité prolongée. Une étude menée par le GREAT (2022) avait déjà décrit chez 88 patients une stratégie d’espacement tardif (au-delà de 12 mois après 8 mois de contrôle). L'étude MADULO actuellement en cours est une étude prospective de non-infériorité comparant une stratégie d’espacement très progressif à un schéma standard chez des patients bons répondeurs. Les inclusions sont terminées. Le schéma de décroissance reste à valider.
Cosmétiques DIY (Do It Yourself): quels risques? - A. Herman
La défiance grandissante envers les cosmétiques industriels pousse de nombreux patients à fabriquer leurs propres produits. Les motivations sont multiples : volonté de mieux consommer, dimension ludique de la préparation, souci écologique, considérations financières. À cela s'ajoute parfois un défaut d'accès à certains produits, qui rend la fabrication artisanale de cosmétiques incontournable.
9 % des Français réaliseraient des cosmétiques DIY. Aux États-Unis, la prévalence des eczémas de contact allergiques (ECA) liés aux soins cosmétiques a été multipliée par 2,7 entre 1996 et 2026. Or, contrairement à une idée reçue, un produit fait maison n'est pas nécessairement plus « naturel » La littérature grand public dédiée à ce sujet est pléthorique, souvent contradictoire, et nombre de formations payantes existent. Seulement 6 % des blogs dédiés au DIY sont rédigés par des personnes ayant une formation en cosmétologie.
Paradoxalement, peu de cas d'ECA liés au DIY sont rapportés dans la littérature. Cela pourrait être s’expliquer si l’éviction est réalisée d'emblée par le patient lui-même sans consulter, ou si des produits non suspectés et donc non apportés en consultation étaient responsables.
Différents risques sont associés à ces préparations : elles contiennent souvent des allergènes fréquents notamment alimentaires (cannelle, citron) et des huiles essentielles (utilisées dans 30 % des préparations DIY), des protéines végétales et animales, des plantes. Il existe un risque de sensibilisation percutanée aux protéines alimentaires et de réaction immédiate (ex. : œuf dans des masques capillaires). La dermatite d’irritation est un risque dose-dépendant. Les procédés de saponification exposent à un risque caustique en l'absence de protection mécanique. L’utilisation de plantes est associée à des risques de phytophotodermatoses et de toxicité directe de certaines plantes. Les produits DIY sans conservateur peuvent favoriser des infections fongiques et bactériennes. Enfin, un risque non négligeable est l’absence d’efficacité des produits, ce qui est particulièrement problématique pour les écrans solaires : sur 15 recettes, 3 ne contenaient aucun filtre et 12 affichaient un SPF < 6.
Les métiers du bien-être : risques et allergies pour les professionnels - A. Herman
Les esthéticiennes, prothésistes ongulaires et coiffeurs sont les professionnels les plus exposés aux irritants et allergènes cutanés. L'atopie et les co-expositions extra-professionnelles aggravent ce risque, particulièrement marqué dans les métiers exposés à l’humidité.
La dermatite de contact d'irritation, de mécanisme non immunologique, se traduit par des placards squameux bien limités du dos des mains. Sa survenue est favorisée par la concentration des irritants, mais aussi par la surface de contact, les frottements, la durée et la fréquence des expositions, l'occlusion sous les gants, l'atopie et la saison hivernale. La prévention repose sur la réduction des expositions, le port de gants adaptés, la limitation de l'humidité et une bonne ventilation.
La dermatite de contact allergique se présente sous la forme de lésions vésiculeuses du dos des mains, parfois œdémateuses, et ses principaux pourvoyeurs sont les acrylates, les parfums et huiles essentielles, les conservateurs, les additifs du caoutchouc et les métaux. Les acrylates, omniprésents dans les ongles gel et les colles à faux ongles, donnent volontiers une pulpite fissuraire, un eczéma péri-unguéal, une onycholyse, une hyperkératose sous-unguéale et parfois un eczéma palpébral. Jusqu’à 60%des professionnels sensibilisés à l'HEMA — désormais inclus dans à la batterie standard européenne — sont coiffeurs ou esthéticiens. La lecture des patch tests à J7 est parfois nécessaire pour ces molécules, et il faut souligner que la restriction réglementaire de l'HEMA s'applique aux consommateurs mais pas aux professionnels. Seuls les gants laminés multicouches offrent une protection réellement efficace, mais leur coût élevé limite leur utilisation, si bien qu'un changement de profession est parfois nécessaire.
Les parfums et huiles essentielles concernent particulièrement les masseurs et aromathérapeutes, les huiles les plus sensibilisantes étant l'ylang-ylang, la citronnelle, le jasmin, le santal, le clou de girofle et le néroli. Le nickel et le cobalt, très présents dans les outils des esthéticiennes, barbiers et coiffeurs, doivent être systématiquement testés, de même que la méthylisothiazolinone, conservateur utilisé dans les produits capillaires. La paraphénylènediamine, allergène majeur des colorations capillaires, nécessite l’usage de gants en nitrile à usage unique. La Me-PPD constitue une alternative tolérée par 70 % des patients allergiques à la PPD. Les composants du caoutchouc, enfin, donnent une atteinte du dos des mains s'étendant volontiers en manchette, que l'on peut explorer simplement par le GRAT (Glove Repeated Application Test).
L'urticaire de contact professionnelle, dont l'incidence atteint 6 cas pour 100 000 et qui survient dans les minutes suivant l'exposition, surtout chez les coiffeurs et esthéticiennes, est le plus fréquemment associée au latex.
Ces professions cumulent une exposition exceptionnelle aux irritants et allergènes. La prévention et l'éviction constituent les piliers de la prise en charge, l'arrêt de l'activité étant parfois la seule issue.
Rétrospectives des allergènes des 10 dernières années - N. Raison-Peyron
Le linalol et le limonène occupent les deux premières places de ce « top 10 ». Ces composés terpéniques parfumés sont des pré-haptènes dont les hydroperoxydes constituent les véritables sensibilisants, ce qui rend l'interprétation des patch tests souvent délicate. Bien qu'ils soient soumis à déclaration obligatoire dans les cosmétiques en Europe, on les retrouve à l'état naturel dans plusieurs dizaines d'huiles essentielles.
La nigelle est une huile végétale qui peut être responsable de réactions cutanées sévères Lyell-like ou DRESS-like. Son allergène, la thymoquinone, n’est pas commercialisé en patch mais on peut utiliser le tert-butylhydroquinone de la batterie cosmétique. Les acrylates et notamment l'HEMA, responsables d'une véritable épidémie européenne récente liée à l'onglerie, ont intégré la batterie standard en 2019 ; les co-sensibilisations entre acrylates, en particulier avec l'éthylcyanoacrylate, sont fréquentes, et le tableau clinique associe pulpite fissuraire, eczéma péri-unguéal et onycholyse. Les conséquences sont lourdes pour les très jeunes patientes allergiques, qui seront contraintes d’éviter certains métiers comme la dentisterie et rester vigilantes vis-à-vis des dispositifs médicaux contenant ces molécules.
La paraphénylènediamine, allergène majeur des colorations capillaires, provoque des eczémas sévères avec œdème palpébral et atteinte de la lisière du cuir chevelu. Les tests sont volontiers explosifs, ce qui justifie de les réaliser à faible concentration (0,1 % au lieu de 1 %) et avec un temps de pose raccourci (2-12 heures). Elle doit être évoquée également devant les réactions aux tatouages au faux henné noir. La majorité des patients sensibilisés le sont aussi à la paratoluènediamine, qui doit donc être testée systématiquement. Lorsque les tests sont fortement positifs, il faut rechercher des co-sensibilisations, en particulier aux anesthésiques locaux. Les colorations végétales pures comme le henné, ou les colorations temporaires, constituent des alternatives.
La méthylchloroisothiazolinone et la méthylisothiazolinone, conservateurs cosmétiques à large spectre biocide, sont présentes notamment dans les lingettes et lotions ; leur concentration est réglementée dans les produits rincés et leur usage interdit dans les produits non rincés.
Les dérivés de la vitamine C, et tout particulièrement le 3-O-éthyl acide ascorbique, se retrouvent dans le soin anti-âge et éclaircissants.
Les glucosides, émulsifiants et tensioactifs doux et biodégradables, constituent une nouveauté au sein de la batterie standard, le décyl glucoside y ayant été inscrit en 2023, avec une sensibilisation fréquente chez les sujets atopiques.
Le fluorure d'étain, présent dans les dentifrices, est responsable de chéilites, de stomatites et de dermatites péri-orales ; on testera le dentifrice en l'état et l'oxalate d'étain à 1 % en vaseline.
Enfin, les persulfates alcalins sont des agents de décoloration capillaire, également utilisés pour le nettoyage des appareils dentaires et dans les industries textiles, chimique et pharmaceutique. Ils sont représentés dans la batterie coiffure par le persulfate d'ammonium. Ils donnent volontiers des réactions immédiates sans IgE spécifique identifiée, et il faut savoir les évoquer devant un eczéma nummulaire survenant dans un contexte de fréquentation de spas ou de jacuzzis.
Ce top 10 illustre la diversité croissante des allergènes cosmétiques et la nécessité d'adapter les batteries de tests à l'exposition réelle de chaque patient, qu'elle soit cosmétique, professionnelle, capillaire ou dentaire ; les évolutions réglementaires successives témoignent par ailleurs de la rapidité avec laquelle ce paysage évolue.
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